ETUDE ET GESTION DE LA ROUSSETTE DE LIVINGSTONE AU PARC NATIONAL DE MOHELI

 Publié le 26/02/2020
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Depuis trois ans, le Parc National de Mohéli a initié un vaste chantier de travail visant à connaitre et valoriser pour mieux protéger la roussette de Livingstone, une des cibles prioritaires de conservation du Parc. Diverses actions ont été menées par la mission Bassins versants, forêts, écosystèmes terrestres et espèces associées du PNM.

  1. Identification des sites. Les coordonnées relatives aux différents points GPS prélevés ont abouti à une cartographie des sites de ces chauves-souris de Livingstone. Cinq (5) principaux sites dortoirs ont été identifiés.
  2. Caractérisation écologique des dortoirs pour connaître les facteurs climatiques et environnementaux (température, humidité, ensoleillement, altitude,…) de l’habitat. Cela permet de connaître les préférences écologiques et climatiques de la roussette, mais aussi d’identifier leurs espèces d’arbres-dortoirs préférentiels. Il y a lieu de noter que 90% de ces espèces arbres-dortoirs représentent la flore indigène et endémique des Comores. Il s’agit notamment de Chrysophyllum boivinianum (Mba ndjewu), Gyrostipula comorensis (Mtrankuni), Ficus sp (Mhuyu), Terminalia catapa (Mkadaré) et Albizia lebbeck (Mbaruti).   Cette investigation a permis de faire le constat d’une cohabitation possible des roussettes avec les chauves-souris têtes jaunes (Pteropus seychellensis comorensis) ;
  3. Comptage et suivi des des roussettes. 215 individus ont été estimés dans cinq dortoirs différents.

Ces investigations ont conduit à d’importantes observations ainsi que des interventions de sensibilisation et d’éducation environnementale, mais aussi des actions de conservation.

Observations

  1. Espèce en déclin

La population totale de l’espèce est en déclin. Elle fait partie des 100 espèces les plus menacées dans le monde. Elle est classée par l’IUCN comme étant une espèce en danger critique d’extinction.

  1. Pressions et menaces

L’espèce Pteropus livingstonii est principalement menacée par la dégradation, la fragmentation et la perte de son habitat forestier au profit de l’agriculture vivrière et des cultures de rente (ylang-ylang), mais aussi par les catastrophes naturelles (cyclones). Au cours des dernières décennies, les Comores ont subi une déforestation rapide et soutenue, entraînant la perte de la quasi-totalité de ses forêts indigènes. Le pays a perdu 75 % de ses forêts restantes, soit le taux le plus rapide de tous les pays du monde (PNUD 2013).

Sensibilisation, éducation et conservation

L’espèce est définie comme étant une cible de conservation par le PNM à travers son plan d’aménagement et de gestion. Des mesures de conservation développées par le Parc visent à augmenter les effectifs de la population de l’espèce en mettant en œuvre des actions de restauration des dortoirs. Un processus participatif  piloté par le PNM  impliquant les communautés et les occupants des dortoirs a démarré depuis 2016. Ce processus vise à mettre en place un cadre de concertation basé sur le principe de cogestion  entre le parc, les communautés et les occupants en vue de conserver l’espèce.

Par ailleurs, pour mieux sensibiliser et impliquer les communautés ainsi que l’ensemble des acteurs dans les actions de protection de la roussette de Livingstone, en plus des animations dans les communautés à travers des réunions, des interventions dans les écoles, le PNM a co-organisé la première édition de la journée de la Livingstone en décembre 2019.

Plusieurs activités ont été réalisées à l’occasion de cette importante journée à savoir :

  • L’organisation d’un concours inter écoles réunissant les établissements primaires  de la région Mlédjélé (Miringoni, Ouallah II, Ndrondroni et Nioumachoi) ;
  • La délimitation géo-référencée et matérialisée, la sécurisation et la restauration du site dortoir de Kidogobasse;
  • Diverses autres activités en lien avec la protection de l’espèce (Tournoi de football regroupant des équipes de la zone, marathon hommes et marathon femmes, carnaval animé par des scouts de Ndrondroni et de Ouallah Mirereni, chants et danses rythmés des femmes/malida yaoubandza, etc.).

Il s’agit des activités culturelles et sportives qui ont permis de rassembler les jeunes (hommes et femmes), de les sensibiliser et les impliquer dans les actions de conservation de la biodiversité en général et de la protection de la roussette de Livingstone en particulier.

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